Le devoir de mémoire

Phnom penh, Tuol Leng, centre S21. Une salle de classe, carrelage jaune et blanc, tableau noir. Au milieu un lit en métal. Aux fenêtres, des barreaux.

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Geôliers ou prisonniers, ils n’étaient souvent pas plus âgés que des lycéens. Dans l’enceinte de ce lycée, converti en prison secrète à l’arrivée des khmers rouge au pouvoir, près de 20’000 cambodgiens ont été broyés par la machine khmer rouge de Pol Pot, leur humanité bafoué au nom d’un idéal social et politique, la vision d’un fou.
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Cette folie, à coûté la vie à environ deux millions de cambodgiens, morts de faim, d’épuisement ou exécutés. Il y avait 8 millions de cambodgiens en 1975. Quatre ans plus tard, ils n’étaient plus que 6 millions.
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Il y a des jours comme ça, sans prévenir, où on se prend un grosse claque dans la gueule. Ce matin, sans le voir venir, je me suis pris une belle claque. Alors bien sûr, je ne suis pas là pour assumer tous les crimes commis contre l’humanité. Mais pourquoi ? Comment ? Qu’est ce qui s’est passé ?

Mon voyage n’a pas toujours été fait de hamacs, de trekkings et de sourires.
D’abord il y a eu l’Amérique du Sud, les incas écrasés, les peuples indigènes marginalisés, toutes cette richesse culturelle à jamais disparue. Le patrimoine de l’humanité comme on l’appelle aujourd’hui. La traite des noirs, le commerce triangulaire, les champs de canne à sucre.
Le Mexique de Cortés, qui mit fin à la civilisation maya en quelques années, et avec une poignée d’hommes.
Puis je suis passé par l’Amérique du Nord, feu les indiens, feu les bisons.
Et l’Australie, feu les aborigènes.
Mais bon, tout ça c’est l’Histoire, le passé, on y pense plus trop. Et puis on n’y peut plus grand chose.

Il y a quelques semaines, en Indonésie, j’ai appris pas mal de choses sur le Timor Oriental et l’occupation indonésienne qui eut pour conséquence des dizaines de milliers de morts. Bon, soit, ça fait beaucoup, mais encore une fois, ça reste des mots et des images… l’histoire.

Au Cambodge, ce sont les cambodgiens qui ont tués les cambodgiens. La paranoïa des khmers rouges allant crescendo, ils s’exécuterent même entre eux.
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Au delà des atrocités commises à S21, et des exécutions sommaires qui ont eu lieu dans tous le pays dans les « Killing fields », au delà des outils de torture, des cellules d’emprisonnement et des fosses communes, c’est mon incompréhension qui m’a déstabilisé. Comment peut-on haïr autant ? Comment peut-on détruire autant ?

À l’heure où je m’apprête à rentrer dans ma douce France, de laquelle je perçois des signaux de haine autant que d’espoir, je m’interroge. L’histoire ne nous sert-elle pas de leçon ? Quand nous croyons, nous Humains, avoir connu le pire, nous découvrons que nous sommes capable d’encore pire.

On va sur la lune, on manipule les atomes, on a plus de puissance dans notre poche que les ordinateurs d’il y a 10 ans. Et pourtant, on continu de se mettre sur la gueule, de fabriquer des armes de destruction massive, de poser des bombes, de tirer sur son voisin, d’éliminer son prochain.

Aujourd’hui, j’ai vraiment eu mal au cœur, j’ai eu honte de ce que nous sommes capable de nous infliger.
J’ai peur pour notre avenir, quand je vois les conflits qui ne se résolvent pas, et ceux qui vont apparaître, notamment lorsque nos ressources naturels s’amenuisent.
Mais j’ai aussi de l’espoir, un peu, parfois pas assez.

Mon tour du monde bientot bouclé, je me sens plus que jamais un Homme, un humain, un habitant de la Terre. Et pourtant, des fois, j’aimerai ne pas savoir. Heureux les pauvres en esprit. Mais je sais. J’ai vu. Et maintenant quoi ?

Mahatma Gandhi a dit « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Je ne changerai pas le monde, mais je vais essayer de garder à l’esprit cette maxime.

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4 commentaires

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  1. jldx32015 · avril 9, 2016

    Plus on explore, plus on découvre et plus on réfléchit en profondeur. Il est sans doute plus simple de rester chez soi, de regarder le monde à la TV…et d’espérer que tout se passe bien.
    Merci Simon: par tes photos tu nous rappelle que le monde est beau et simple, et par tes commentaires tu nous rappelle que l’humanité est …complexe.

  2. Xav · avril 9, 2016

    On aura besoin de gens comme toi ici. A bientôt mon ami

  3. Christine Mayjonade · avril 9, 2016

    Tu as tout compris à la vie, cousin ….. Sa beauté mêlée à sa complexité et sa cruauté …..
    Si seulement tous les cons le réalisaient ……

  4. Julie J · avril 9, 2016

    J’ai noté cette citation de Gandhi dans mon petit carnet à la fin de notre voyage lorsque nous étions dans un rescue center pour animaux au Costa Rica. Après avoir vu les désastres infligés par l’homme à la nature notamment en Indonésie et éprouvé une immense culpabilité et impuissance, elle m’a apporté un peu de réconfort…