Les aventuriers de la vallée perdue…

Ou, à la recherche des ruines de Titiconte et de José Gutiérrez.
(Maj avec photos)

Au nord de la région de Salta, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière Bolivienne, se trouve le village d’Iruya.
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Pour y arriver, une piste en terre, 2 bonnes heures à se faire secouer et un col à 4000m. Iruya est une destination en soi, relativement touristique, les touristes les plus intrépides s’aventurant jusqu’à San Isidro, à quelques heures de marche d’Iruya.

Iruya est en fait au centre d’un réseau de villages, peuplés de descendants des Incas, avec une organisation toute particulière et une indépendance forte vis à vis de l’état Argentin. Ici un étranger ne peut s’acheter un terrain et les entreprises multinationales n’exploitent pas les ressources minérales.

C’est environ 3000 personnes donc qui habitent cette région. Les montagnes culminent à plus de 5000m et les fonds de vallée descendent à 2000m. Un relief bien prononcé auquel il faut ajouter les difficultés climatiques : 3 mois par ans, les villages sont isolés par les rivières (rio) en crues. Le reste de l’année, il faut souvent traverser à pied les rio, et au mieux, une piste creusée dans le lit de la rivière relie les villages principaux pendant les 2 mois les plus secs.

En gros, les échanges se font à pied et à cheval et les mules transportent les charges. Une multitude de chemins, datant de l’époque précolombienne, sillonne les montagnes et relie une dizaine de villages où l’électricité est encore un luxe.

Nous voilà donc parti pour 5 jours de marche, là où les touristes ne s’aventurent pas. Nous partons avec quelques vivres, notre GPS où figure à priori les chemins principaux et un ami à 4 pâtes que nous appelons rantamplan, en référence à son inaptitude à l’apprentissage des basiques de la vie d’un chien, comme ne pas chier devant la porte ou ne pas dormir sur les lits.

A propos de lit, la première journée de marche se passe dans le lit de la rivière, que nous franchirons une bonne vingtaine de fois, d’abord pieds nus, puis en tongs et enfin en baskets.
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En chemin, une bonne heure d’escalade, à chercher notre chemin sur les flans de la montagne jusqu’aux ruines de Titiconte, vestige d’une autre civilisation, d’un autre temps. Nous y déjeunons sous le regards des condors.

De retour dans le lit de la rivière, nous finissons la journée en compagnie de militants de l’opposant au maire actuel, en campagne, qui se rendent à Las Higueras pour une réunion politique. Et oui, ça s’passe comme ça ici, il faut mouiller ses baskets.
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Nous arrivons à la tombée de la nuit, dans la brume, dans un petit village où vivent quelques dizaines de personnes, à peine.
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A la recherche d’un abri pour la nuit, nous trouvons refuge chez l’infirmière qui nous offre un thé. Nous rencontrons aussi le directeur de l’école. Nous sommes curieux de découvrir comment se passe l’éducation ici et, après quelques présentations, il nous accepte le lendemain dans se classe.

Nous passons donc la matinée dans 3 classes différentes (il y a environ 25 élèves) et participons à des cours de mathématiques , d’art et de « littérature ».
Les enfants viennent à pied à l’école, mettant parfois plus d’une heure, ou dorment à l’internat, sous la surveillance du directeur, « el maestro », et de deux enseignantes, « las señoritas ».
Entre chaque cours d’une heure, une récré pour se défouler sur la « cancha » de football, où même les filles tâtent la balle, et se défendent plutôt bien. On nous invite à partager le déjeuner et nous finissons par donner des cours de français l’après-midi.

Les enfants (enfin pas tous quand même) sont curieux et pleins d’énergie. Je suis ému, debout devant un tableau où figurent quelques mots de français, en voyant le regard d’un petit garçon passer de son cahier au tableau, recopiant avec beaucoup de sérieux ses premiers mots de français, lettre par lettre.

Un de nos objectif fut de trouver José Gutiérrez, le père de Maribel, avec qui nous sommes arrivés en stop jusqu’à Iruya. Maribel c’est la prof d’histoire, 30 ans, voyageuse et célibataire, ce qui fait d’elle une exception dans la communauté.
Son père, José, vit seul à Alfarcito, village qui était notre objectif le plus reculé. C’est finalement lui qui viendra à nous car il se rend avec ses chevaux à Iruya pour le troc qui aura lieu d’ici quelques jours. Il nous rend visite à l’école, car il a eu vent de notre présence.

Le soir, nous partageons de nouveau le repas avec les professeurs et nous nous installons dans un dortoir de l’école. Le panard, nous avons de vrais lits. Rantamplan est avec nous bien sûr, impossible à canaliser.
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Le lendemain, le maestro doit se rendre à Iruya (puis à salta pour faire des papiers), tandis que la cuisinière de l’école doit réapprovisionner son garde manger. Nous voilà donc partis, en sens inverse, avec le directeur, la cuisinière et ses 2 enfants, 3 mules et rantamplan.
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A mi-chemin, après une pause casse-croûte, nous les laissons poursuivre jusqu’à Iruya et bifurquons dans la montagne. La cuisinière nous indique le chemin pour rejoindre Chiyayoc, notre prochaine étape.
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Le chemin monte, descend, remonte, redescend… Les paysages sont à couper le souffle, l’altitude se fait ressentir et les feuilles de coca que nous mâchons nous aident à maintenir un bon rythme.
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À la lumière du soleil de fin d’après midi, les reliefs se prononcent et les couleurs, mélange de tons minéraux et végétaux, se subliment. Nous croisons aussi des corals de dizaines de chevraux car c’est la période de mise bas.

A Chiyayoc, nous trouvons l’école et Ramón, l’un des deux instituteurs en train de faire quelques paniers (de basket, pas d’osier) pour se réchauffer. Il y a aussi Leo, instituteur et directeur. Ils nous offrent le thé, un lit pour la nuit et une douche, froide, mais ça on s’est habitué. Nous partageons le repas: eux réchauffent les pâtes de midi et nous partageons notre salade.
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Le lendemain, après la levé de drapeau sous l’hymne national chanté par les enfants, nous prenons la route pour San Juan, par le chemin le plus long, sinon ça serait trop facile.

Le chemin nous mène, au dessus d’une mer de nuage qui s’étend jusqu’à l’horizon, à plus de 4000m d’altitude. De là haut, la vue est splendide et nous dégustons un fromage de chèvre frais acheté sur la route et quelques crackers. Nous terminons par une petite sieste qui me vaudra une beau coup de soleil sur le molet.
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Nous arrivons en fin de journée à San Juan où cette fois, l’accueil est plutôt froid. L’école est fermée, on se fait engueuler parce que j’ai tenté de prendre (voler ?) une pomme sur un arbre et que nous trimballons un chien, et les gens ne semble pas enclins à nous aider à trouver à manger.

Nous trouvons finalement une auberge. Les parents ne sont pas là et nous sommes accueillis par 2 petites filles de 5/6 ans. Leur grand frère, 13 ans environ, arrive plus tard, après avoir ramené les bêtes au coral, et nous négocions avec lui le repas, le lit et le petit déjeuner. Une fois d’accord sur le prix, il se met à cuisiner.
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Les enfants grandissent plus vite ici, et n’ont que peu de loisirs. Pas étonnant que les filles deviennent mères très jeunes. C’est un autre monde et ça me fait beaucoup réfléchir…

Nous nous levons sous le soleil, et nous nous remettons en marche pour rejoindre San Isidro, seul village ayant l’électricité avec Iruya.
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C’est mignon, mais beaucoup moins authentique que les village précédents. Nous le traversons rapidement et rejoignons Iruya en fin de journée.
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On s’offre une bouteille de Fernet/Coca pour fêter ça, c’est samedi soir ici aussi 😉

Une belle expérience donc, pour comprendre le passé et prendre conscience une nouvelle fois de la diversitée culturelle de l’Argentine.
Une belle leçon d’humilité aussi devant ces peuples des montagnes, qui font face à de rudes conditions de vie. Ça donne envie d’en savoir plus, de découvrir ces contrées pendant les 4 saisons, d’approfondir l’histoire comme le présent de cette société qui vit bien loin de l’excitation de Buenos Aires ou des richesses touristiques du Sud.

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