Lombok et ses légendes

Il était une fois, sur une île de l’archipel indonésien que l’on appelle aujourd’hui Lombok, une princesse qui s’appelait Mandalika, et qui était si belle que son cœur était convoité par tous les jeunes hommes du royaume.

Ces derniers, pour prouver leur force et leur courage, s’affrontaient au cours de combats sanglants pour obtenir sa main. Ne pouvant supporter cette violence qui déchirait entre eux les villages Sasak de l’île, la princesse se jeta du haut de la plus haute falaise, au sud de l’île. A peine son corps avait-il été emporté par les flots, que des millions de vers aquatiques multicolores firent leur apparition dans les eaux tourmentés de ces côtes.
Ainsi était née la légende qui aujourd’hui encore est célébrée une fois par an au cours du festival « bau nyale ».

Encore un cadeau à la valeur inestimable que m’offre ce voyage, car par hasard, j’y étais, et je n’en ai pas manqué une miette.

Ce festival, célébré sur toutes les côtes sud de Lombok, s’articule autour de trois événements principaux: combats de bambou, pêche au vers et théâtre.

Combats de bambou

La foule autour de l’arène improvisée est compacte, les enfants assis au premier rang et les « officiels » confortablement installés sur des chaises. Les musiciens, en tailleur, leurs instruments sur les genoux ou entre leurs jambes scandent des rythmes hypnotiques propres à exciter les compétiteurs. Opposés, deux clans sont groupés derrière leurs entraîneurs respectifs qui sélectionnent les duos de compétiteurs, et marque d’un coup de bambou sur leurs boucliers (de bambou lui aussi) lorsqu’une paire est formé. Foulards cerclant le front, ceintures de tissu, torses nus, les deux combattants s’arment de leur bambou et de leur bouclier et s’approchent de l’arbitre, sifflet en bouche. Coup de sifflet.
Les adversaires se jaugent, leurs pulsations sont montées en flèche, premier coup sur le bouclier, le combat est lancé. Attaques éclairs, un coup à côté, un coup de côté, première touche au flanc. Les muscles de ces petits indonésiens tout secs sont bandés, l’excitation du combat déforme les visages. Coup de sifflet, un point à gauche, et une belle cicatrice souvenir.

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Les bambous ne sont pas bien épais, mais la force des coups marque au sang. Les flancs terminent souvent rougis, les mollets, les mains voir le crâne ne sont pas en reste. Un combattant qui marque 5 points ou son adversaire saigne à la tête, et c’est la victoire.

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Ils effectuent parfois pas de danse ou grimaces, dans le but de déconcentrer leur adversaire. Plus le combat est sanglant, plus le spectacle est impressionant, plus les billets volent sur le sol de l’arène. Je n’ai pas compris le partage mais le perdant semble avoir sa part du butin dans tous les cas.

Après une heure et une dizaine de duels, coup de sifflet final, la foule se disperse. En tant que seuls étrangers, nous étions aux premières loges, rations d’eau et photos avec l’arbitre et le chef de la police en prime.

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Vous l’aurez compris, ces combats rappellent la lutte que se livraient les hommes de mon histoire pour conquérir les faveurs de la Belle. Et les vers dans tout ça ?

La pêche au vers

Par un phénomène dont je n’ ai pas trouvé d’explication scientifique clair (et puis les légendes c’est bien aussi) ces vers font leur apparition une fois l’an, après la pleine lune, en février. La date du festival est donc fixée par un collège de sages, après analyse du calendrier lunaire.

C’est d’ailleurs cette activité qui donne son nom au festival : Bau qui signifie attraper et nyale qui signifie, je vous le donne en mille, vers.

Nous voici donc, 4 h du mat, une équipée de 3 scooters, un couple de français, une américaine et notre ami Rumaji (un Sasak) derrière moi. Arrivée sur la plage, paysage Burning Manesque, des centaines de lumières s’agitent dans l’eau. Je garde mes claquettes car on marche quand même sur des pierres/coraux, remonte mon short et me jette à l’eau. Pour l’instant on ne nous a pas remarqué, tout le monde a le regard rivé sur la surface de l’eau et semble tout excité par cette partie de pêche matinale.

Alors je m’approche, et effectivement, ça grouille. D’une vingtaine de centimètres en moyenne, ces petits vers me rappellent les « spaghettis », ces bonbons gélatineux verts ou rouge qu’on laissaient pendre au coin de notre bouche étant gamins. Ils gigotent dans l’eau.
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Niveau technique de pêche, il semblerait qu’il y ait trois écoles : à main nue, à la passoire, à l’épuisette (un modèle home made, tuné pour l’occasion avec une sorte de chaussette rétrécie qui fait office de réservoir pour garder les vers dans le fond). La technologie semble améliorer la productivité vu la quantité de vers que les porteurs d’épuisettes ramènent sur la plage à l’aube.
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J’ai goûté ces vers vivants, et n’ai pas été convaincu par leur goût d’algue salée. Mais la texture est sympa, ça fond sur la langue.

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J’ai aussi testé la méthode traditionnelle, cuits au barbecue dans une feuille de bananier, et accompagnés d’ail et d’herbes. Cette fois, ça a le goût… d’ail et d’herbe. On n’a rien inventé avec nos escargots et nos cuisses de grenouilles.

Malheureusement, je n’ai pas assisté aux représentations de théâtre qui racontent la légende de la princesse Mandalika. Ces dernières ont lieu le soir, tard, très tard, ou le lendemain peut-être… Enfin en gros il n’y a pas de « programme » et je n’ai pas vu de théâtre 😉

Bien entendu, le festival est aussi l’occasion pour les jeunes de fricoter dans le noir mais pas d’alcool, nous sommes ici en territoire  musulman.

Les Sassaks m’ont accueilli chaleureusement sur l’île de Lombok. Malheureusement, la saison des pluies m’a empêchée de gravir le Rinjani, un volcan qui domine l’île, et que j’ai entraperçu entre les nuages.
Heureusement, Lombok recèle de nombreux autres trésors : plages de sable noir, rose ou encore homéopathique, grenouilles abritées sous de grands nénuphars, falaises qui ne pâliraient pas devant Etretas, chercheurs d’or au cœur en or, villages de pêcheurs et spots de surf.
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Encore quelques année avant une hausse du tourisme car les projets de « resorts » sont nombreux, les spots de surf encore plus et le bruit court, chut, que les formalités de visa seraient plus rapides et moins chères que sur l’île jumelle de Bali. À bon entendeur…

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Un commentaire

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  1. ralf · mars 4, 2016

    Hi Simon,
    if you are in Lombok don’t forget to go to Gilli Islands, especially Gilli Air is a place that you will not forget….
    Bon voyage
    Ralf