Scooters, Phó et… T’as pas vu mon passeport ? , par ma mère

Il y a d’abord Ho Chi Minh City vue du ciel, plein de petits blocs de Lego emboîtés, comme nous dit Charles, impression de survoler une ville pour lilliputiens. Et puis… les scooters, par milliers, dans tous les sens, qui se frôlent, s’évitent, louvoient entre les taxis comme un gigantesque banc de poissons, souple, fluide, s’écoulant le long des rues, avec ses propres règles de code de la route. Pour traverser, lorsque l’on est piéton, il faut avancer à petits pas lents pour rejoindre le trottoir d’en face, en regardant votre droite, un œil à gauche au cas où. Le flot s’écarte, et ça passe !

Il y a eu le bus pour Chau Doc où l’on doit retrouver Simon. Belle expérience de conduite en pleine gauche, de dépassements au sommet des côtes ou en virage, tout au klaxon, mais de toute façon il n’y a pas de panneaux, pas de marquage au sol, des deux roues en pagaille, souvent à contre-sens, et ça passe !

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On se retrouve enfin tous les quatre. La dernière fois c’était il y a deux ans, à Kunming, en Chine. Nous sommes à la frontière du Cambodge, au bord du Mekong, et je pense aux premiers pas de mes enfants, petits bouts d’hommes en devenir, hauts comme trois pommes et curieux de tout.

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Le Mékong, c’est « énorme ». À Chau Doc, c’est déjà le delta, le fleuve est divisé et des centaines de canaux irriguent la plaine. C’est plat, très plat. Il fait chaud, très chaud, au dire des gens par ici ce n’est pas normal du tout. Simon, arrivé la veille, a déjà pris la mesure de la ville, expérience oblige. Il nous emmène faire un tour au marché, installé sous les bâches. Fruits, légumes, cocos, tamarin et poissons séchés (le fleuve est par endroits couvert de fermes d’élevage), on a envie de tout goûter. L’eau des noix de coco fraîches est un régal. Enfin ça n’a pas grand goût, mais c’est d’un désaltérant !

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À 16 h, nous avons rendez-vous avec « Mister B », pour une découverte en barque du fleuve, et voir le soleil se coucher. Les rives sont bordées de maisons sur pilotis. Pendant l’été, si tout va bien, l’eau montera de 2 m, noyant les ilets, emportant des milliers de tonnes d’ordures vers la mer, car ici c’est vraiment, vraiment « crade ». Le Vietnam est couvert de plastique, c’est effrayant. Mais la lumière sur l’eau est fabuleuse, la petite fille qui rentre de l’école en barque a l’air bien sérieux, les pilotis se reflètent dans l’eau qui prend les teintes dorées du couchant… On en oublie l’infecte odeur des plastiques qui brûlent (chacun en fait disparaître une partie en faisant un petit feu devant sa porte). C’est l’heure des moustiques, je suis repérée !

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On fait un belle journée scooter, sur de grandes routes tracées au cordeau. Temples, haltes rafraîchissantes pour manger des trucs bizarres et savoureux, on visite un parc naturel, une mangrove pleine d’oiseaux (enfin on n’en voit pas trop, il fait trop chaud, pas bêtes, ils se cachent). Au sommet du mirador, au dessus des bambous de 15 m de haut, le gardien somnole sur son hamac, la radio à fond.

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On rentre par des petites routes que Simon sait dénicher, même si c’est pas sur la carte. Charles fait le copilote. La route-digue minuscule, les maisons en bois de chaque côté, à gauche un canal, à droite les rizières, sèches pour beaucoup, car on est entre deux récoltes. Visions fugitives de fin de journée, les enfants rentrent de l’école juchés sur d’énormes vélos, une mamie arrose soigneusement une rangée de choux plantés devant sa porte…

Plus tard, c’est Vinh Longh, plus bas dans le delta. David nous retrouve pour 24 h, son escale de pilote lui laisse juste le temps. Deux nuits sur une île du fleuve, au rythme de l’eau. On cuisine local, on a droit à la coupure de courant, soirée « 10 000 » aux dés et whisky à la lueur des bougies. Magique !

joce10Ici la marée se fait sentir, nous sommes pourtant encore loin de l’embouchure. L’économie passe presque entièrement par les voies d’eau, de la barge énorme qui transporte le riz, à la mini station- service sur barque.

Puis derniers cafés à HCM tous les quatre, Charles retourne en Chine, ses élèves l’attendent, on continue vers Hanoï.

Hanoï, c’est, aux dires de notre chauffeur de taxi, 6 millions d’habitants, 6 millions de scooters.

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Mais c’est surtout une ville de contrastes entre petites rues anciennes grouillantes d’énergie et immenses quartiers administratifs, le communisme a ses codes architecturaux.
On teste les Phó, dans la rue, les multiples variantes plus ou moins réussies.
Et puis le Vietnam du nord, c’est aussi la jungle, les rizières nichées au creux de vallons luxuriants, que l’on explore dans la région de Mai Chau.
La piste de terre que l’on suit en scoot grimpe sec, on passe un moment magique dans un hameau où une nouvelle maison se bâtit avec toute la communauté. Pas de grue ni de clous, juste quelques cordes, des bambous et la force des bras pour soulever les madriers. Dans 1 mois l’habitation sera terminée.

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On enchaine avec les plantations de thé autour de Moc Chau, vaste région de production intensive. On rentre par la QL6, route (en fait piste) de liaison entre plein de petits hameaux. Les rizières en creux de vallon, le maïs sur les sommets, et les paysans qui vaporisent à tout va, quasi sans protection. Les bidons de pesticides vides traînent au bord de la route. Ajoutés à l’agent orange qui fait encore des ravages, on se dit qu’il y a vraiment un truc qui ne fonctionne pas dans le système.

On projette une nouvelle excursion, je range un peu mon sac, et…. personne a vu mon passeport ?
Ben, non… Tu l’as pas ?
Nooonnn…
Ce sera donc visite au poste de police, grand moment de solitude à jouer au chat et la souris avec une douzaine de gars en uniforme qui ne comprennent rien, coup de fil à notre amie vietnamienne qui explique la situation, arrivée d’une interprète qui essaie de faire avancer les choses. Simon assure, soutien moral et logistique parfaits, car je ne suis pas très fière. Bref, après 3 h, à passer de bureau en bureau, avec une nouvelle personne à chaque fois (on se demande d’où ils sortent) j’ai le fameux papier, retour à Hanoï où l’ambassade me fait un nouveau passeport tout neuf.

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Mais il y aura encore le service de l’immigration, pour le sésame de sortie.
Ça plombe un peu la fin du séjour, mais nous profitons des musées, celui de la femme vietnamienne est particulièrement touchant. Ajouté à celui de l’histoire, celui de la révolution (véritable concentré de propagande) et celui des Beaux-Arts, notre vision de l’histoire récente se modifie un peu.

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Notre dernière soirée sera familiale, dans la famille de Ha.
Chì, son papa, vient nous chercher et nous offre une visite commentée de « sa » ville, qu’il connaît depuis l’enfance. Moment charmant en compagnie d’un vieux monsieur qui prend plaisir à nous expliquer le nom des rues, qui la plupart désignent un métier qui y était exercé. La rue des bonbons, la rue des pommes de terre, la rue des ferblantiers ( où il habitait enfant). Il nous explique tout ça en français, nous raconte ses voyages en URSS, en Chine. On passe la soirée chez lui, sa femme a préparé un vrai festin, on aide à rouler les nems (les meilleurs que nous ayons mangés).

C’est aussi la fin du voyage pour Simon,
Charles nous a manqué cette deuxième semaine, on lui donnera les adresses !

Je garde en tête quelques images fortes, la fillette d’à peine 6 ans sur son grand vélo, promenant son petit frère de 2 ans debout devant elle, la mine réjouie de Philippe sur le scooter, Charles et sa facilité à retenir le vietnamien, le petit air malicieux de Simon au bureau de l’immigration, quand j’ai récupéré mon passeport dûment tamponné, ce gars dans la jungle qui rentrait ses chèvres, acceptant une clope et filant comme l’éclair sous les arbres pour chercher son chien, les deux adolescentes en costume traditionnel, rentrant des champs en roulant un peu vite sur leur scoot, les « Hello » des gamins au bord des routes…
Mais l’essentiel reste le partage de ces moments exceptionnels avec nos deux fils, attentionnés, drôles et tendres.
Merci Simon et Charles

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