5 days into the wild

Et encore un passage de frontière à pied au milieu de nulle part. Le charme de l’aventure, la palpitation des grands espaces, l’excitation de l’inconnu, le plaisir de la popote du soir. 5 jours in the wild entre lacs et forêt vierge.

Après un bref passage à Puerto Montt où enfin j’ai pu trouver mon brûleur à gaz au milieu d’un gigantesque « mole » à l’américaine (ça fait très bizarre de se retrouver au milieu de tous ces gens qui mangent des glace et des burgers Mc Do), j’ai pris la direction de Cochamo, ultime village avant une randonnée de 5 jours qui me mènera jusqu’en Argentine.

J’ai écourté mon passage à Chiloé pour avoir le temps de faire cette randonnée. Il faut donc, coûte que coûte, malgré la pluie et le poids indécent de mon sac que j’avance, afin de ne pas louper notre rdv avec Mat : le 14 février à El Bolson.

J’arrive donc à Cochamo en bus, d’où une quinzaine de personne descend et part sur le même chemin que moi. Je rencontre un couple de Québécois pour le premier bivouac, dans une sorte de ferme où un vieux monsieur aviné prétend tenir le registre des personnes qui s’aventurent sur ce chemin.
Je prends la route de bonne heure le lendemain, sous la pluie, avec pour objectif de réaliser 2 étapes en une journée, pour faire face à un potentiel imprévu plus tard. Me voilà donc, tout seul sous mon poncho, tel Frodon qui s’en va dans le Mordor, affrontant la pluie, fine mais soutenue, pour rejoindre la Junta. La forêt est dense et tropicale, le sol d’humus est meuble, si bien que ma progression s’effectue souvent dans des tranchés, parfois plus hautes que moi.

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Je dépasse bientôt un groupe de marcheurs chiliens, me fait dépasser par un Caballeros et sa caravane de chevaux chargés de nourriture pour la Junta et finalement, à mi-chemin, croise en sens inverse de nombreux campeurs qui fuient la pluie. Je suis dès lors empreint de doutes car je n’ai pas regardé la météo, et ne m’imagine pas marcher 5 jours sous la pluie.

A midi j’arrive à la Junta, le ciel se découvre et j’aperçois alors ce que viennent chercher la plupart des campeurs ici : de gigantesques dômes de granit, qui ne pâliraient pas devant le « nose » du Yosemite. Encore humides, ils brillent sous le soleil, tels des miroirs noirs.

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Je profite du spectacle pendant mon casse-croûte, discute grimpe avec un australien et me voilà reparti. Cette fois, pas un chat sur le chemin. Il semble que le Junta soit le principal objectif pour les visiteurs du coin.

De nouveau empêtré dans mes tranchées, à glisser dans un mélange de boue et de merde de cheval, je suis enfin seul avec mes pensées… et j’avance. Après moultes guets, passages de boue, montées éreintantes pour les cuisses, et descentes éreintantes pour les genoux, j’arrive au bivouac El Arco.

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J’y passe la soirée avec Jeff, un vieux britannique du pays de Galles : bavard et pas avare de conseils de voyage et autres anecdotes de sa vie bien remplie.

Au lendemain, nouvelle journée de marche, la forêt est dense, primaire, je suis seul avec les oiseaux et mon ipod. Pause déjeuner au bord d’un lac rendu fort mystérieux par la couche de brume qui le recouvre.

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Je sens la fatigue après la marche de la veille et ce bon vieux Jacques Brel m’aide à avancer. En fin de journée, je débouche à la sortie de la forêt sur une plaine où trônent de gigantesques cyprès morts mais toujours debout, témoins du recul de la forêt au profit de l’élevage. C’est magnifique, et la chanson que j’écoute à ce moment-là prend tout son sens :
« Partir, où personne ne part. Aimer jusqu’à la déchirure, aimer, même trop, même mal. Tenter sans force et sans armure, d’atteindre, l’inaccessible étoile. »

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Je suis tout seul ce soir, face au lac, dans lequel je fais une petite toilette, tout nu. Le ciel est magnifique car il n’y a aucune pollution lumineuse, pas d’électricité à 20 km à la ronde. Je me prépare sereinement à la grosse journée de demain.

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Je me lève donc tôt car j’ai décidé de prendre le chemin court mais difficile car passant par les sommets, à 1400 m d’altitude, soit près de 1000 m de dénivelé avec mon énorme sac. J’attaque par le mauvais chemin et commence donc par 1 h de marche en mode sanglier à travers les branchages avant de trouver le bon sentier grâce à mon GPS de smartphone, pratique. Très peu de monde emprunte cet itinéraire et il est donc parfois difficile de trouver sa route. Mode poncho, ipod et bâton de marche, je tourne au Patator, une sorte de Tang spécial effort, la boisson électrolytique locale, fluo.

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Une fois au sommet, la vue est somptueuse sur la vallée et je peux presque toucher des mains les nuages qui frôlent la cime de la montagne.

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Je redescends donc de l’autre côté en m’éraflant les mollets pour arriver le long d’un petit rio. Une estancia s’y trouve et je traverse des champs au milieu des chevaux avant de trouver le spot de camping idéal.

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Malheureusement, et ce n’est pas la première fois que je me le dis ces jours, je n’ai pas craqué à Puerto Montt sur la canne à pêche télescopique qui me tendait les bras : c’est gavé de poissons. C’est le quatrième soir passé sur ce chemin et demain je traverserai la frontière à Paso El Leon.

Dernière journée de marche, donc, en descente jusqu’à Paso el Leon où je m’affranchis des formalités douanières avant de traverser le rio Manso en barque, car le pont a cédé il y a des années sous le poids de la neige. Je suis toujours avec Brel et je pense aux biches, à ma famille, mes amis, et à tout plein d’autres choses. 10 km après la frontière, j’arrive au camping La Pasarela où je pensais passer la nuit. Le hasard en décide autrement car je rencontre Christian, venu pêcher, qui m’amène le soir même à El Bolson. J’ai quand même le temps de boire une bière sur la plage, de faire quelques ricochets de compétition et de sauter dans l’eau fraîche de la rivière.

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J’arrive donc le 12 au soir à El Bolson, 2 days ahead of schedule, et vais prendre mes marques avant de rejoindre la ferme de Blanca Rosa, où nous allons passer la semaine en mode bêche, tronçonneuse et râteau, expérience hippie et pacha mama que je vous réserve pour le prochain post.

Un commentaire

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  1. afernan'dita · février 21, 2015

    me gusta tener un fotografia del pescado el mas grande de argentina por fa!
    genial tus aventuras simsimé!!!
    besos, suerte!