I’m freediving!!!

« When they went ashore, the animals that took up a land life carried with them a part of sea in their bodies, a heritage which they passed on to their children and which even today links each land animal with it’s origin in the ancient sea. »
Rachel Carson, The sea around us, 1951

Dans un longue quête de sensations fortes et de nouvelles expériences, je pensais avoir fait le tour, sans toutefois bien sûr avoir poussé à fond chacune de ces expériences: chute libre à 4000m du sol, alpinisme à 5500m d’altitude, sports de glisse en tout genres, plongée avec bouteilles à près de 40m sous la surface des océans…

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Mais là… là, il faut que je vous raconte ma dernière expérience.
Amed, côté nord est de Bali, chez Apneista. Ici, on apprend l’apnée, le freediving. Ou plutôt on desapprend ce qu’on considère comme naturel: marcher, respirer, s’activer. Car apprendre l’apnée, c’est pénétrer dans un nouveau monde, un monde d’économie, de méditation, de sérénité.

Ce que j’ignorais avant ce matin là, en m’inscrivant à ces deux jours de formation, c’est tout d’abord que notre corps à une réponse biologique au manque d’oxygène et à l’immersion dans les profondeurs : le Mamalian Dive Reflex. Un truc que nous partageons avec tous les mammifères (pensez aux dauphins et aux baleines) qui met notre corps en mode hibernation. Le cœur ralenti, notre rate libère les globules rouges qu’elle stocke, les sang se concentre dans nos organes et les capillaires de nos poumons se gonflent pour empêcher l’écrasement de ces derniers par la pression des profondeurs. Bon, là, d’un coup, après cette petite explication scientifique, je suis rassuré.

Ensuite, qu’est ce qui nous pousse à reprendre notre respiration lorsque l’on retient son souffle ? Ce n’est pas la manque d’oxygène (O2), mais l’accumulation de gaz carbonique (CO2), et donc, notre corps continu d’assimiler l’oxygène bien après cette « envie de respirer ». Doublement rassuré.

Après un rappel sur les effets de la pression sous l’eau, nous pratiquons quelques étirements spécifiques à l’apnée (cage toraxique, cou, diaphragme) mais surtout des exercice respiratoires. Et là, c’est l’apport du yoga qui a permis aux apneistes de dépasser les limites qui étaient considérées comme telles dans les années 80. Rappellez-vous le grand bleu. Jacques Mayol, le petit français, a été un des précurseurs dans le domaine.

Je m’explique, enfin j’essaye. Dans le yoga existe le concept de pranayama, ou discipline du souffle. Je passe sur les aspects spirituels qui sont forts intéressants mais que je connais trop peu pour en parler ici. Mais via la maîtrise de son souffle, la respiration profonde calme les émotions et permet de préparer à l’apnée, où, comme je l’écrivais plus haut, tout est affaire d’économie. En y ajoutant une touche de méditation, vous passez vraiment en mode eco.

Et qu’est ce qui consomme notre énergie et donc notre O2 ?
– Nos muscles, d’où une technique à maîtriser pour palmer vers les profondeurs.
– Nos organes, en particulier notre système digestif (manger light) et notre cerveau (d’où la méditation).

Bon, je me suis un peu perdu dans ces explication techniques que vous aurez tout de même trouvé fort intéressantes. Parce que ce dont je voulais vous parler avant tout, c’était de sensations.

Donc, nous voilà dans l’eau, en combinaison, ceinture de poids, palmes, masques et tuba, accrochés à nos bouées. Sous la bouée, une corde d’une dizaine de mètres de long, accrochée au fond. Notre ascenseur vers les profondeurs. Après quelques essais de Duck Dive (pour pénétrer efficacement sous la surface) et d’equalization (pour ne pas se péter les tympans), il est temps d’aller toucher le fond.

J’ai la musique du grand bleu dans la tête, la face sous l’eau, je respire par mon tubas. Pensées positives, séquence respiratoire préparée à l’entraînement, je fais le vide. Deux grandes inspirations pour booster l’O2 disponible, le tuba à la main, Duck Dive, je bascule. Un main qui me pince le nez, l’autre le long du corps. Je palme, le regard fixé sur la corde. La pression se fait ressentir, le volume d’air dans mes poumon à bientôt diminué de moitié. Un regard vers le fond et la marque des 10 mètres est déjà là. Je m’arrête, tête en bas, quelques secondes, puis effectue une rotation pour me préparer à la remontée, le temps que l’instructeur se positionne face à moi. Ça y est, j’y suis, premier palier atteint. Je signal à Matthew que tout va bien (pas avec le pouce vers le haut mais en faisant un O avec pouce et index). Et là, curieuse sensation de bien être. Le silence des profondeurs, le silence intérieur. Mon mammalian dive reflex doit se mettre en marche. Ça c’est une nouvelle sensation. Rien à voir avec l’adrénaline de la chute libre. Rien à voir avec le bruit du détendeur de la plongée. Différent, quelque chose de nouveau. Il est temps de remonter, doucement, les poumons se dilatent de nouveau puis la surface. Les deux bras sur la bouée, 4 grandes inspirations, le cœur qui met un bon coup d’accélérateur. Ça c’est fait.

À la fin de la formation, 18m au compteur. Malheureusement mes tympans me jouent des tours et je n’irai pas jusqu’à 20m, le maximum pour la formation niveau 1.
Pour faire de l’apnée, il faut écouter son corps, le dompter, le pousser sans abuser, et surtout ne faire qu’un, corps et esprit. En cela, apnée et yoga vont bien ensemble, et ça, ça me plaît.

Depuis la formation, exercice quotidien du diaphragme (uddiyana bandha, regardez sur Youtube si vous voulez voir qqc de fou), régulièrement des exercices pour améliorer la tolérance au Co2 et j’arrive déjà à retenir ma respiration 4 minutes. Si si, je vous promet.

Je crois que j’ai trouvé une activité qui me plaît vraiment, un sport extrême et à la fois tout en douceur. Un sport en plein essor, qui permet aussi de profiter plus encore de mes sessions snorkeling en Indonésie et pourquoi pas plus tard d’un peu de pêche sous-marine ?

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Et comme l’équipe et le lieu étaient au top, une petite pub pour le Club où j’ai effectué ma formation, apneista, à Amed, Bali.

3 commentaires

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  1. pcroz · mars 3, 2016

    Je ne te suivrais pas si bas… Pour moi, deux mètres c’est le maximum ! 😉

  2. pcroz · mars 3, 2016

    Même avec des bouteilles… Hips!

  3. Croz Geneviève · mars 3, 2016

    Lu d’une traite en retenant ma respiration… si si; mais lecture accélérée, faute d’entrainement et pas de palier de décompression; retour à la réalité d’une traite aussi: pluie drue, giboulées, ciel bas, brume… PROFONDEMENT glauque.
    Enjoy; ton corps n’a pas fini de se laisser surprendre!