Le mythique archipel de Chiloé

Terre natale de l’écrivain Francisco Coloane, l’archipel de Chiloé est resté proche de ses traditions et c’est donc avec un grand plaisir que j’ai pu marcher, quelques jours, sur les traces des mythes relatés dans l’oeuvre de Coloane.

Arriver sur une île (ou un continent d’ailleurs) en bateau est pour moi encore une expérience mystérieuse. En avion c’est trop facile : vous digérez votre plateau repas, le commandant vous annonce la température au sol, il crève les nuages et hop, dans un crissement de pneus vous êtes arrivé. En bateau vous avez le temps de voir la côte s’approcher, bercé par le tangage du bateau, vous seriez prêt à vous endormir sur le pont , si ce n’est la présence des odeurs grasses et huileuses, qui malgré tout font partie du voyage.

Nous découvrons donc Quellón progressivement, après 4 h de bateau depuis Chaiten. C’est marée basse, mouettes et cormorans sont en chasse et le port se rapproche rapidement, une fois les installations de poissons d’élevage passées. Ici le « saumon atlantique » est produit en grande quantité pour l’export, l’autre grande économie (la pêche industrielle en générale) de l’archipel avec le tourisme.

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Nous achetons vin, vodka et rhum et prenons un bus pour Chonchi, où nous avons prévus, avec Mat, Andrew, Ben et Els de picoler pour fêter notre décision commune : demain, on split. En effet, nous avions envie avec Mat de suivre des chemins différents pendant quelques jours. C’est donc au petit matin, après partage de la nourriture et de l’argent qu’il nous reste, que nous nous disons Hasta Luego, après tout de même un bon petit-déjeuner sur un banc, à l’arrache, comme il se doit.

Je parcours Chonchi à la recherche d’un brûleur à gaz que je n’ai jamais trouvé, puis après avoir visité le marché artisanal, l’église et le port, je pars vers l’est, et me rends en barcasse sur l’île de Lemuy, pour ma première vraie expérience chilote.

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Avec une famille de prof de Santiago, je traverse l’île dans sa largeur car j’ai prévu de me rendre dans le camping que m’a conseillé une charmante hôtesse de tourisme, camping qui semble tout au bout de l’île, là où il n’y a plus grand-chose.
L’île est clairement une destination touristique vu la qualité des routes, mais les visiteurs viennent principalement à la journée pour voir les églises, patrimoine de l’Unesco, j’y reviendrai.

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Pour le reste, les 7000 îliens habitent essentiellement dans des fermes, et vivent du fruit de leurs cultures, de leurs moutons ou encore de la pêche. Déposé par les profs, il me reste 4 km à pied pour rejoindre le camping et vu l’éloignement de ce dernier, je commence à avoir des doutes sur son existence.

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Rassuré par quelques panneaux épars, j’arrive finalement au bout de la route et suis accueilli par Teresa, la propriétaire des lieux.

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Elle m’accompagne pour les 200 derniers mètres jusqu’au camping et là, mon sourire remonte jusqu’aux oreilles : plein est, le camping surplombe une falaise et le panorama est à s’en décrocher la mâchoire. Je ne suis pas seul et fait rapidement la connaissance de l’autre tente qui a osé s’enfoncer si profondément dans l’île : 3 étudiantes de Santiago, pas pire.

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Je m’installe, me douche et vais me perdre sur le chemin qui descend à la plage. C’est marée basse, ça sent bon, le soleil me réchauffe, je suis tout seul et je kif. Et ça n’est que le début du kif.

Je remonte faire ma popote et les filles m’invitent autour de leur feu. Nous discutons, à la lueur de la pleine lune et j’apprends que la famille de Teresa va venir manger avec nous autour du feu.

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Arrivent donc Teresa, sa fille Lily, ses 2 enfants et 3 petits cousins. Ils apportent une jardinières des légumes du jardin cueillis l’après-midi mais surtout, sans crier gare, déposent sur la grille du feu une douzaine d’araignées de mer, vivantes, pêchées l’après-midi à marée basse.

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Elles bouillent de l’intérieur, et sous la pression, de l’eau de mer est expulsée à grande vitesse, notamment sur mon pantalon, ce qui donne aux enfants une bonne occasion de rigoler. Nous passons la soirée à discuter et à parler de la vie sur l’île et des histoires locales de sorcières, de la Caleutche (bateau fantôme aux sors de la brume pour amadouer les marchands), du Trauco (un nain moche qui met enceinte les femmes, pratique lorsqu’on n’est pas mariée) ou encore la Pincoya qui vient en aide aux navires en détresse. Nous terminons la nuit en fumant un pétard au coin du feu en écoutant Echoes des Pink Floyd.

Le lendemain midi, je suis invité chez Teresa car elle nous a préparé un Curanto, le plat typique de l’île: moules gigantesques, saucisses, coquillages, porc, patates (violettes, espèce particulière de Chiloé), purée emballé dans des feuilles, pois et fèves, le tout couvert d’une énorme feuille genre rhubarbe, tout cela cuit à la vapeur dans une casserole  de taille impressionnante. En attendant que ça cuise, nous apprenons à filer la laine de leurs moutons et à tresser des paniers.

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C’est délicieux et nous partageons un moment exceptionnel. Cette famille est adorable et ne manque de rien car en autonomie dans leur ferme. Leur générosité est aussi grande que leur simplicité. Le sens du commerce ne semble pas les avoir tout à fait atteint.

Je passe l’après midi entre sieste, lecture et contemplation.

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Les filles partent et son remplacées par un couple d’architectes fort sympathique avec qui nous discutons en attendant la pluie, qui finalement ne viendra pas.

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Je quitte Apahuen au petit matin car le bus est à une heure de marche et passe à 9 h. C’est avec un pincement au cœur que j’embrasse Teresa avant de partir, en me disant que j’y reviendrai.

Le bus m’amène à Castro et dès la descente, je tombe sur Mat. Gros plais’ de se retrouver à l’improviste. Lui quitte la ville, me file 2/3 plans et repart dans un autre bus.

À Castro se trouve l’une des nombreuses églises de Chiloé, uniques et classées au patrimoine de l’Unesco. Toutes différentes, elle ont la particularité d’être entièrement construites en bois, et partiellement recouvertes de tôles peintes. Ci-dessous quelques photos de celles de Chonchi, de Détif et de Castro.

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On y trouve aussi les palafitos, maisons traditionnelles des pêcheurs, qui révèlent leurs secrets à marée basse.

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Le soir, concert de jazz sur la place d’armes accompagné de quelques bières. 2 groupes sont exceptionnels et l’ambiance est décontractée, avec pleins de jeunes et d’enfants, ce sont les vacances scolaires.

Le lendemain je rejoins le petit village de LLau-LLao pour la 19ème édition de la fête de la pomme. Je goûte aux empanadas de l’équipe locale de foot, 2 retraitées françaises m’offrent du Chocoa (sandwich de purée avec du porc dedans, si si) et du jus de pomme fraîchement pressé.

Ils pressent le jus selon une méthode ancestrale et je dois dire peu efficiente : les pommes sont mises dans un tronc d’arbre creusé et 2 gaillards les battent à grands coups de gaule. Ça en met partout et bien vite les spectateurs s’écartent, couverts de bouts de pomme.

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Cela a pour effet de les réduire en purée (les pommes, pas les spectateurs) qui est ensuite transvasée dans de grands paniers tressés qui sont eux-même placés dans une presse. Le reste est affaire de vis qui tourne, rien de nouveau.

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Encore une fête traditionnelle donc et je dois dire que c’est un must à faire pour qui voyage au Chili. L’occasion d’en apprendre beaucoup sur les traditions mais aussi de rencontrer les locaux car tout le monde semble affectionner ces événements populaires.

Je quitte LLau-LLao qui sera ma dernière étape sur Chiloé. J’espère vraiment y revenir bientôt, en maîtrisant mieux l’espagnol. J’ai l’impression d’y être passé trop vite, tandis que dans l’archipel, elle semble vivre au rythme du passé. Pour encore combien de temps ?

Je rejoins donc Puerto Montt, sur le continent. Je dois y faire le plein de vivres, trouver ce satané brûleur à gaz et préparer le prochain trek : 6 jours de marche de Cochamo au Chili à Rio Villegas en Argentine.

Un commentaire

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  1. gael · février 8, 2015

    mais siiiiiiiiiim!!!! ce bout du monde alors, c’est LE camping du bonheur!!? génial…. rien de tel qu’un bon bidouillon et une bonne chi…. 🙂 n’oublie pas le charbon pour l’estomac, et ton sourire éternel!
    c’est bon, j’ai notifié tous tes posts, j’en louperai plus aucun. 🙂

    from portugal, with love 🙂

  2. Nathalie · février 8, 2015

    Magnifique Simon ! Merci pour ce voyage commenté. Grand plaisir de lire ton enthousiasme !